La famille des Coléoptères ou plutôt l’Ordre des Coléoptères
Avec près de 400 000 espèces décrites à ce jour, les coléoptères forment à eux seuls l'ordre animal le plus diversifié de la planète. Un chiffre absolument incroyable : ils représentent environ un quart de toutes les espèces animales connues et près de 40 % des insectes. Il y aurait ainsi environ 80 fois plus d'espèces de coléoptères que d'espèces de mammifères sur Terre. Un succès évolutif qui cache mille histoires fascinantes.
Alors aujourd'hui, on vous emmène à la découverte de ces petites armures ambulantes qui peuplent nos jardins comme les forêts tropicales les plus reculées.
Portrait-robot d'un coléoptère
Les coléoptères appartiennent bien sûr à la grande famille des insectes : leur corps est divisé en trois parties (tête, thorax, abdomen), ils possèdent des yeux, des antennes et des pièces buccales équipées de redoutables mandibules, trois paires de pattes fixées sur le thorax, et un exosquelette qui leur sert d'armure externe et deux paires d’ailes (mais attention ils ne peuvent pas tous voler).
C’est justement ce système d’ailes qui les distingue des autres insectes. Chez les coléoptères, la première paire d'ailes s'est transformée en élytres : une carapace rigide qui se referme sur le dos de l'animal et protège une seconde paire d'ailes membraneuse, repliée dessous. Le mot « coléoptère » vient d'ailleurs du greckoleós (fourreau) et pterón (aile) : littéralement, des « insectes à ailes en étui ». Résultat : une véritable armure, capable de s'ouvrir en un instant pour prendre son envol.
Ailes en étuis.
Autre signature du groupe : leurs couleurs. Souvent très vives, comme chez les coccinelles, elles envoient un message clair aux prédateurs : « je suis probablement infect à manger, mieux vaut passer son chemin ». Chez d'autres espèces de coléoptère, ce ne sont pas des pigments mais la réflexion de la lumière sur l'épaisse carapace qui crée ces reflets métalliques si caractéristiques.
Le livre des records
Difficile de résumer une famille aussi vaste, mais certains individus se distinguent particulièrement :
Le plus lourd : le scarabée Goliath. Originaire des forêts et savanes d'Afrique centrale (dont le Cameroun), ce colosse peut peser plus de 50 grammes à l'âge adulte et jusqu'à 100 grammes au stade larvaire, où la larve peut mesurer 15 centimètres et peser plus que l'adulte qu'elle deviendra ! Malgré cette masse imposante, il conserve la capacité de voler activement dans la canopée.
Scarabée royal Goliath (Goliathus regius) mâle, au Cameroun. MICHEL GUNTHER/BIOSPHOTO
Le plus grand : le titan de Guyane.Titanus giganteus peut dépasser les 15 centimètres de long, le plus grand spécimen jamais mesuré atteignant 16,7 cm ! Fait amusant : personne n'a jamais observé sa larve à l'état sauvage. On sait seulement, d'après les galeries forées retrouvées dans le bois mort, qu'elle se développe probablement enterrée. Quant aux adultes, ils ne se nourrissent pas du tout : ils vivent sur leurs réserves accumulées au stade larvaire, le temps de trouver un partenaire, avant de mourir quelques semaines plus tard.
Titan de Guyane : par Bernard DUPONT from FRANCE — Titan beetle (Titanus giganteus) found by Jean NICOLAS, CC BY-SA 2.0,
Le plus drôle : le charançon-girafe, avec sa tête juchée au bout d'un cou interminable, cou que le mâle utilise d'ailleurs pour se battre avec ses rivaux, un peu comme le ferait une girafe.
Charançon-girafe : par Frank Vassen
Le plus petit : à peine visible à l'œil nu.Scydosella musawasensis, découvert au Nicaragua, ne mesure que 0,325 mm en moyenne, plus petit qu'un grain de sel ! Il appartient à la famille des Ptiliidae, les « coléoptères aux ailes plumeuses », dont les ailes arrière sont bordées de longues soies fines plutôt que d'une membrane classique. La France abrite d'ailleurs elle aussi un représentant de cette famille miniature, Baranowskiella ehnstromi, l'un des plus petits coléoptères d'Europe.
Le plus chic : le scarabée doré.Chrysina resplendens, que l'on trouve en Amérique centrale, doit son incroyable éclat métallique à une prouesse optique unique dans le monde vivant : sa carapace est capable de réfléchir simultanément de la lumière polarisée circulairement dans les deux sens (gauche et droite), un phénomène qu'aucune autre espèce connue, animale ou végétale, ne reproduit à l'identique. Résultat : un insecte qui semble littéralement sculpté dans l'or.
Scarabée doré
Herbivores, carnivores... et grands décomposeurs
On trouve des coléoptères herbivores tout comme des carnivores, à l'image des carabes. Ces derniers ont longtemps joué un rôle d'insecticide naturel dans nos jardins, une fonction qui se raréfie aujourd'hui avec le déclin de leurs populations. Heureusement, les coccinelles, elles, restent bien présentes, et continuent de rendre un fier service en dévorant les pucerons de nos plantes.
Tous les coléoptères connaissent une métamorphose complète : œuf, larve, nymphe, puis adulte. C'est souvent au stade larvaire, discret et enfoui, que se joue le plus gros du travail écologique : croissance, décomposition, recyclage de la matière organique, bien avant que l'insecte adulte ne se montre au grand jour.
Un pilier discret des écosystèmes tropicaux
C'est sous les tropiques que la diversité des coléoptères explose littéralement. Un seul arbre de la forêt amazonienne peut héberger autant d'espèces de chrysomèles (petit coléoptère) que l'ensemble du territoire français !
Chrysomèle : Par Kristian Peters -- Fabelfroh 18:47, 6 Jun 2005 (UTC) — Photographie personnelle, CC BY-SA 3.0,
Cette richesse n'est pas qu'anecdotique : les coléoptères représentent une biomasse considérable, en particulier sous les tropiques, et constituent un maillon essentiel des chaînes alimentaires. Leur rôle de décomposeurs et de consommateurs est immense. Les larves de coléoptères, ou vers blancs, sont omnivores et se nourrissent aussi bien de matière animale que de débris végétaux. Elles participent ainsi activement au transport des nutriments dans l'écosystème forestier, au bénéfice de nombreuses autres plantes et animaux. Les adultes, eux, se contentent le plus souvent de la sève de quelques essences d'arbres des forêts tropicales matures.
Un indicateur de santé pour la forêt :
En Afrique, “le scarabée Goliath, est un excellent indicateur de la santé des forêts, indique le Pr Luiselli. S’ils sont abondants, cela signifie que l’écosystème forestier est dans un état suffisamment bon pour soutenir d’autres espèces. Mais lorsque leur population diminue, c’est un indicateur d’alerte précoce de la déforestation et de l’érosion des écosystèmes.»
Deux espèces majeures de scarabée Goliath (goliathus regius et goliathus cacius) sont d’ailleurs menacées d’extinction en Afrique de l’Ouest en raison de la déforestation liée à la culture de cacao et du commerce d’insecte.
Mais quand un maillon manque, tout se dérègle :
L'Australie offre un exemple frappant de ce que peut provoquer l'absence de certains coléoptères. Le continent a historiquement été peuplé presque exclusivement de marsupiaux, dont les petits terminent leur développement dans une poche externe plutôt que dans un utérus. Résultat : les coléoptères spécialisés dans la décomposition des déjections (les bousiers) de mammifères placentaires (ceux dont l'embryon se développe entièrement in utero, comme la majorité des mammifères que nous connaissons) n'ont jamais eu l'occasion de s'y développer. Quand des mammifères placentaires y ont ensuite été introduits, leurs déjections se sont accumulées faute de « recycleurs » adaptés, entraînant appauvrissement des habitats, pollution des sols et des eaux, et prolifération de diptères problématiques comme les mouches.
Une forte illustration de l'équilibre fragile qui relie chaque espèce d'un écosystème à toutes les autres.